L’incident grave de trop

Attention — Cet article est le témoignage tout frais d’une situation vécue aujourd’hui, pendant un cours. La lecture peut être difficile par moments, et je cite fidèlement des propos tenus par un élève, potentiellement choquants de grossièreté.

Enseigner en REP, zone sensible, zone prévention violence, c’est parfois difficile. La situation sanitaire ne simplifie rien, de même que les dramatiques événements récents ayant eu lieu à Vitry-Sur-Seine dans un collège tout près de celui où j’exerce.

Un peu de contexte

Il s’est passé des choses graves, dans mon collège aussi. Avant les vacances, un collègue enseignant a été agressé par un élève. Aucune séquelle physique, mais tout de même un gros choc et 10 jours d’arrêt de travail. Le chef d’établissement a également été agressé par le même élève, et a été arrêté une semaine, autant sous le choc. Depuis, le même collègue enseignant a été de nouveau agressé deux fois.

La violence fait désormais partie du paysage quotidien, au collège. Et elle est protéiforme : verbale, physique, symbolique aussi. Le mépris affiché par l’institution ne saurait être relaté ici sans que je risque de sortir de mon devoir de discrétion.

Et aujourd’hui, il s’est encore passé quelque-chose de grave. Moins grave que le reste, certes. Mais tout de même. Et cette fois, c’était à mon tour.

Un élève difficile, dans une classe difficile

Il s’agit d’une « classe difficile », comme on dit chez nous. L’ambiance y est très tendue, l’agressivité entre les élèves et envers les adultes y est omniprésente. Il est très difficile de trouver une place apaisée pour les apprentissages. Une heure de cours est littéralement épuisante.

Des relations humaines compliquées

Et dans cette classe difficile, il y a un élève difficile. Appelons-le Julien (ce n’est évidemment pas son vrai prénom). Il est très colérique, explosif même. Les relations avec les pairs sont très compliquées, car les autres élèves ne le comprennent pas. Il crie, fait du bruit, se met en colère ou boude de façon totalement imprévisible. Julien ne réussit pas à rester calme, il s’agite sans cesse, parle à voix haute sans parvenir à se canaliser. Il interpelle et invective ses camarades et fait preuve d’agressivité. Il les injurie, souvent. Leur crie dessus et les montre du doigt en leur faisant des reproches. Parfois fondés, car vraiment, les autres élèves ne comprennent pas comment Julien fonctionne.

Ses relations avec les adultes sont également très tendues. Car Julien se sent toujours victime d’injustice, pense que les adultes lui en veulent. Et il faut se rendre à l’évidence : Julien ne respecte pas les règles de la classe, et pas non plus les règles de vie dans une collectivité. Il est donc très souvent rappelé à l’ordre, puni (par les enseignants ou les membres de la vie scolaire), voire sanctionné (décision du chef d’établissement ou de son adjoint).

La scolarité, les apprentissages, les cours

Scolairement, Julien est en échec. Ses fournitures de travail sont dans un état déplorable, on devine qu’un ou une psychologue aurait quelque-chose à dire à ce sujet. Julien ne participe pas aux activités données en cours, ne recopie pas ses leçons. Et donc n’est pas en réussite, ce qui le met en colère, voire le révulse. Il en veut aux adultes, il en veut à l’institution scolaire. Peut-être a-t-il raison, je ne sais pas.

Fréquemment, Julien est exclu de cours pour des propos outranciers, des perturbations incessantes et des attitudes provocantes qu’il est très difficile de gérer. Et bien sûr, Julien ne respecte pas les gestes barrières en ces temps épidémiques. Il n’est pas le seul élève dans ce cas, certes. Mais il s’avère que Julien parle sans arrêt à très haute voix et est toujours retourné vers ses camarades pour les invectiver. Sans masque. Parfois, et même souvent, il tousse, éternue, se racle la gorge sans mouchoir.

Et aujourd’hui, la fois de trop

Julien avait cours de mathématiques avec moi, ce matin. Dès le couloir, il était déjà agité et grossier (depuis ma salle, j’entendais « Bâtard ! » répété plusieurs fois). Julien, avec ses camarades, entre en classe.

Puis il me demande, ou plutôt il exige, la permission d’aller à l’infirmerie. Julien n’a pas l’air moins en forme que d’habitude, donc je refuse. Il insiste, et je refuse à nouveau.

Mais cette fois, il est sorti de ses gonds encore plus que d’usage. Et les injures sont sorties : « Vous êtes un ouf. De toute façon, vous vous en foutez de la santé de vos élèves ! Vous pensez qu’à votre salaire ! » Puis diverses variations autour de « Allez vous faire foutre ! », et même « Va te faire enculer ! ». Avec l’habitude, j’ai appris à ne rien prendre personnellement, et à ne pas trop hausser la voix dans ce genre de cas.

Forcément, je dois l’exclure de cours. Mais Julien refuse de quitter la salle. « Je m’en bats les steaks, vous êtes un ouf ! » Il finit par se lever pour sortir, puis change d’avis et se rassoit. Puis il met ses pieds sur la chaise à côté de la sienne, pour pouvoir s’allonger sur son manteau. « J’en n’ai rien à foutre, vous êtes un ouf ! Ça me casse les couilles ! »

Je demande à une élève de la classe de descendre chercher un ou une autre adulte pour faire sortir Julien de la classe. Quelques minutes après, un adulte arrive et nous parvenons à persuader Julien de quitter le cours. En partant, il met un violent coup de pied dans la poubelle, renverse son contenu au sol, refuse de le ramasser. Puis il a quitté la salle en continuant à proférer des injures.

Et ensuite ?

La séance s’est terminée, aussi bien que possible. Mais la situation est vraiment compliquée. Un peu plus tard dans la journée, Julien développe des symptômes de type Covid. Et il est décelé comme étant cas contact.

Ayant passé la matinée à hurler sans porter le masque, il y a là de quoi être préoccupé. Et moi, j’ai refusé de le laisser aller à l’infirmerie. Ce soir, je vais aller me coucher avec mes doutes et mes craintes. Sans pouvoir compter sur l’institution pour me soutenir.

Il m’empêche, rien ne peut excuser qu’un ou une élève tienne de tels propos, dans de telles proportions. Et c’est récurrent chez Julien. Avec toute la peine du monde, avec mes doutes, j’ai donc demandé à mon chef d’établissement de convoquer un conseil de discipline. Je ne sais pas, à l’heure actuelle, quelle suite a être donnée à cette demande.

Un peu d’optimisme, tout de même !

Je ne souhaite pas tomber dans la caricature ! La situation décrite ici est extrême. La plupart de nos élèves, même si les difficultés sont réelles, n’ont pas ces comportements. On leur enseigne des choses, de notre mieux. Et ça avance.

Et il y a des supers projets ! L’atelier MATh.en.JEANS est une belle réussite, le concours d’énigmes proposées à l’occasion de la semaine des mathématiques est encore un franc succès. Et nous avons eu près de 100 participations pour le concours Kangourou, ouvert à l’ensemble des élèves du collège sur la base du volontariat. Et ce projet tutorat, qui nous permet de rattraper un par un nos élèves en décrochage scolaire, une vraie merveille ! Même en REP, zone sensible, zone prévention violence, on arrive à faire des belles choses.

Mais pour que cela continue, il va falloir que l’école se donne les moyens de ses ambitions. On ne peut pas enseigner sans adultes pour encadrer, surveiller, instruire, orienter, soigner parfois.

Et les « femmes de ménage », elles sont combien ?

Article court : simple retranscription d’une brève discussion avec deux élèves de 3e. Le contexte : les cours on repris lundi dans le marasme le plus total, avec un protocole sanitaire qui n’a de « renforcé » que le nom.

Alors dans un couloir, deux élèves se questionnent sur le nettoyage des bâtiments en temps d’épidémie. Je suis à côté et on engage la discussion.

« Je vous entends discuter de l’entretien du collège. Est-ce que vous savez ce qu’il y a à faire en temps normal ?
— Il faut laver par terre dans les salles, et aussi essuyer les tableaux.
— Vous êtes sûres que c’est tout ?
— Euh, ben oui… Ah non, il y a les couloirs aussi. Et la salle des profs, le gymnase, le CDI.
— Et aussi les toilettes », ajoute la deuxième élève. « Monsieur, je vous jure c’est archi sale dans les toilettes.
— J’en ai conscience, les filles. Mais vous savez, il y a aussi les bureaux de la vie scolaire et de l’administration, les tables à nettoyer régulièrement avec du produit, passer le balai dans les escaliers. Et en ce moment, avec l’épidémie, il faudrait en plus désinfecter toutes vos tables, les poignées de portes, la cantine.
— Ah oui c’est vrai ! Mais les femmes de ménage, elles ont le temps de faire tout ça en une journée ?!
— Elles n’ont pas toute la journée, parce que de 12 h à 15 h 30, elles sont dans la cantine pour servir les repas et ensuite nettoyer vos tables, vider les poubelles, laver le sol, etc. Vous savez, elles commencent à 6 h 30 le matin et à 8 h les cours commencent donc il faut que les salles soient propres.
— Mais elles sont combien pour faire tout ça ?! Monsieur, c’est impossible en une seule journée, elles doivent être au moins 25 ou 30 !
— Ah non, elles ne sont pas 25…
— Alors combien ?
— Normalement, elles sont 5. Mais actuellement elles ne sont que 4 parce qu’une d’entre elles est malade. Et à partir du premier janvier 2020, elles sont 4 définitivement parce qu’il y en a une qui part à la retraite et qui ne sera pas remplacée.
— Ouais mais c’est chaud ! Comment elles font pour tout nettoyer et respecter les règles avec le Covid ? »

On se pose tous et toutes la question…

Les nombres relatifs : à découvert

Comme je l’ai déjà raconté dans un billet précédent (Un prof en vacances), dans la progression que j’ai avec mes classes de cinquième, l’introduction des nombres relatifs est prévue.

Pour les matheux qui me lisent, attention : les nombres relatifs ne sont pas les entiers relatifs. En réalité, les nombres relatifs au collège pourraient être définis comme « l’ensemble des nombres connus par les élèves, munis d’un signe ».

Les programmes précisent que « le nombres relatifs sont introduits pour rendre toutes les soustractions possibles ». Voilà qui suffit à guider la préparation de séquence. Je ne vais pas détailler ici tout le déroulement (cela n’aurait aucun intérêt, mais une anecdote particulière qui m’inspire un sentiment étrange…

Avec mes deux classes, je procède de la même façon. j’introduis brièvement le sujet, et avant même de donner la moindre explication, je pose d’emblée une question : « Connaissez-vous, dans la vie courante, des situations dans lesquelles nous utilisons des nombres négatifs ? »

Plusieurs propositions arrivent : les températures plus petites que zéro, les étages d’un immeuble… Mais aussi « quand on est à découvert à la banque » !

o_O

Je suis tout de suite ahuri par le nombre d’élèves qui ont cet exemple en tête. Comment se fait-il que, si jeunes (11 ou 12 ans), des enfants soient déjà confrontés à ce genre de situations ? C’est pour le moins préoccupant et un indicateur marquant des situations sociales de leurs familles.

À cet âge, je ne pense pas que je connaissais même le rôle précis des banques, et encore moins le fonctionnement des comptes bancaires. Et j’insiste : ce n’est pas un ou deux élèves qui évoquent les découverts lorsque je pose la question, mais plutôt un quart de la classe.

L’année passée, j’avais déjà eu les 5e et la même situation s’était produite. Je suis peut-être un doux rêveur, mais je reste quand même persuadé qu’à cet âge-là, beaucoup d’enfants sont encore à l’abri de ces préoccupations.

Jour de reprise et plans de classe

Voilà, ça y est : c’est reparti ! Les cours ont repris hier, et un premier jour en revenant de vacances, c’est toujours un peu particulier. Je refais toujours le plan de classe (c’est-à-dire les places des élèves) en revenant de vacances. Aussi curieux que cela puisse paraître, j’ai des choses à raconter là-dessus.

Pendant les vacances, donc, j’ai retravaillé mes plans de classe pendant les vacances. J’ai en fait changé deux choses : les places attribuées aux élèves évidemment, mais aussi l’agencement des tables et des chaises.

L’ameublement

Comment c’était avant

Avant, les tables étaient agencées comme suit :

Ancienne disposition des tables

Devant les tables 6 et 7, il y a mon bureau ; l’entrée de la salle se situe juste à gauche des tables 1 et 2, et une autre porte, fermée, juste derrière la table 22. Au total, j’ai donc 33 places disponibles et, sauf pour la rangée de gauche, 5 tables.

Cela fait beaucoup, parce que mes classes ont moins de 25 élèves. Pratique pour isoler les élèves qui en ont besoin, mais un peu encombrant. De surcroît, la plupart des élèves sur les deux derniers rangs sont seuls à une table.

Enfin, la colonne de tables seules (3, 10, 17, 24 et 29) ne me plaît plus tellement ; au début de l’année, j’aimais bien casser les rangs de cette façon. Mais finalement, les élèves sont très serrés, ce qui augmente l’agitation. Et je circule difficilement.

Nouvel agencement… en théorie

Pendant les vacances, j’ai donc changé des choses, avec dans l’idée

  • de supprimer la colonne de tables seules ;
  • d’avoir moins de rangées de tables doubles, mais de les remplir au maximum ;
  • de garder les tables individuelles au fond de la classe, pour avoir plus de flexibilité sur les placements et notamment éviter que ceux du fond perdent en visibilité sur le tableau.

Partant de ces trois idées, j’ai fait évoluer la disposition des tables comme suit :

Nouvelle disposition des tables, version théorique

C’est beaucoup plus aéré ! Il n’y a que trois rangées avec des tables doubles, et les tables individuelles sont en quinconce pour améliorer la visibilité. J’ai retiré 6 sièges, pour gagner de la place, mais j’ai quand même quelques places supplémentaires en cas de besoin (déplacements de dernière minute, nouveaux élèves, etc.)

Après cela, j’ai pris pour chaque classe la liste des élèves, et je les ai placés le mieux possible.

Et en pratique ?

Le 6 janvier au matin, j’arrive avec suffisamment d’avance pour faire mes photocopies, vérifier le bon fonctionnement du matériel électronique (ordinateur et vidéo projecteur), m’assurer que tous mes feutres sont en bon état de fonctionnement… et réorganiser la salle, bien sûr !

Et là, première surprise : je n’ai pas assez de tables individuelles. À l’exception de celles déjà présentes, toutes les autres sont des tables à deux places ; il me semblait avoir des tables individuelles accolées. Oups.

Solution de repli : pour la quatrième rangée, garder des tables doubles et mettre les tables individuelles à la rangée n° 5… Sauf que j’ai 5 tables individuelles, et pas 4.

Puis je réattribue à la va-vite des places aux élèves déplacés ; les changements ne sont pas si importants.

Et finalement, satisfait ?

Pas trop. Les cinq tables au fond occupent trop d’espace et je n’ai pas assez de places individuelles. Je vais me débrouiller dans la semaine pour échanger des tables doubles contre des tables individuelles, mais cela va faire du déménagement.

Et avec les élèves

Bien sûr, à un moment, les cours commencent ! D’habitude, lorsque je change les places, je fais l’appel dans le couloir et j’attribue à chaque élève sa place.

Oui, mais la version imprimé de mes plans de classe ne correspond plus à la réalité ! Je suis donc obligé de procéder différemment. Je projette au tableau le plan de classe (le vrai !) avec les noms des élèves, et à eux de trouver leur place.

Eh ben c’est très intéressant et très rigolo ! Il s’avère que cela leur fait travailler le repérage dans l’espace et les transformations géométrique : il faut repérer le bureau, inverser la gauche et la droite et inverser l’avant et l’arrière. Plein d’opérations géométriques à faire de tête, ou encore une manière de pratiquer les mathématiques sans le savoir.

De plus, il s’avère que c’est en réalité plus rapide que faire l’appel ! Donc maintenant, je procèderai toujours comme ça. Il ne me reste qu’à vérifier que chacun ait trouvé la bonne place, à (faire) corriger les élèves qui se sont trompés de côté, et tout va bien!

Un briquet, un aérosol, et un CD

Début décembre, un élève de troisième pendant un cours. Son professeur aperçoit un éclair de lumière et s’approche pour identifier son origine. L’élève vient s’allumer un briquet et de pulvériser sur la flamme un aérosol.

Quelques jours plus tard, après avoir reçu l’élève qui reconnaît les faits, le chef d’établissement décide de réunir le conseil de discipline (CD en abrégé) pour mise en danger de la communauté éducative. Le CD est donc réuni le 16 décembre, et voilà un récit de ce qui s’y est passé.

La constitution du conseil

La constitution du conseil de discipline est fixée par la règlementation. Les membres sont le chef d’établissement, son adjoint, son adjoint gestionnaire, un CPE (conseiller principal d’éducation), des représentants des parents d’élèves, des représentants des enseignants et des représentants des élèves. Toutes ces personnes assistent au conseil et votent à bulletin secret pour statuer sur une éventuelle sanction, pouvant aller jusqu’à l’exclusion définitive de l’établissement.

En vue d’éclairer sa décision, le conseil de discipline peut écouter toute personne non-membre : professeurs principaux, membres de l’équipe pédagogique, infirmier, assistants sociaux, et évidemment témoins de l’incident qui a motivé la réunion du conseil. Tous ces membres assistent au conseil et peuvent s’exprimer pour apporter un éclairage, mais n’assistent pas à la délibération des membres et ne participent pas au vote pour l’application d’une sanction. Naturellement, l’élève, ses représentants légaux éventuellement accompagnés d’un avocat assistent au conseil mais ne sont pas présents lors de la délibération.

La décision du CD (conseil de discipline) est notifiée aux intéressés immédiatement après la délibération et est à application immédiate. Ce qui signifie qu’en cas d’exclusion définitive sans sursis, l’élève n’est plus inscrit dans l’établissement dès la notification.

Et hier, j’y étais

Trois conseils de disciplines étaient convoqués, concernant trois élèves pour trois incidents indépendants. Pour ceux qui se poseraient la question : oui, trois CD d’affilée, c’est beaucoup ; et il y en a déjà eu quatre il y a moins d’un mois. En tant que suppléant d’une collègue élue qui ne pouvait pas se libérer, j’ai été membre de l’un des trois conseils. Récit.

Le conseil se réunit, et l’élève arrive. Seul. Sa maman n’a pas pu se libérer pour venir. Le chef d’établissement expose les faits qui ont conduit l’élève à être convoqué ici. Le jeune homme a pulvérisé, dans une salle de cours, un aérosol sur la flamme d’un briquet. Le conseil commence par un exposé du professeur principal, invité, pour résumer la scolarité de l’élève. Un élève en difficultés scolaires, qui semble fournir un travail très superficiel, mais qui ne pose pas de problèmes particuliers en termes de discipline.

On en vient à l’incident. Pourquoi a-t-il fait cela ? « J’ai vu une vidéo sur Internet, ça m’a donné envie d’essayer, pour faire une expérience », nous répond-il. Avait-il conscience du risque encouru ? Visiblement non, il affirme en avoir pris conscience a posteriori. Et ce briquet, où l’a-t-il trouvé ?

« Par terre, à l’extérieur du collège…
— Et vous aviez précisément un déodorant aérosol dans votre sac ce jour-là ?
— Oui, on avait cours d’EPS.
— À quel moment l’idée de votre “expérience” vous est-elle venue ? »
— Je ne sais pas, ça m’est venu comme ça…
— Vos camarades, est-ce qu’ils savaient que vous aviez un briquet en votre possession ?
— … »

Le discours est un peu confus : les circonstances précises et l’ordre des événements (obtention du briquet, visionnage de la vidéo, idée de tenter l’expérience, choix du lieu et du moment) se mélangent dans le discours de l’élève. Nous en revenons à la scolarité et aux projets de l’élève.

Il travaille un projet d’orientation et veut faire de la mécanique. S’est-il renseigné sur les formations existantes ? « Non, pas encore. » A-t-il sollicité un rendez-vous avec la conseillère d’orientation du collège ? « Non, je ne sais pas où prendre rendez-vous ? » A-t-il trouvé un stage d’observation en rapport avec la mécanique ? « Non, je n’ai pas trouvé de stage, j’attends des réponses. » Sauf que les autres élèves sont en stage depuis ce matin. Aïe.

Délibération et décision

La phase de délibération est soumise au secret. Je n’en parlerai pas ici. La décision a été exclusion définitive avec sursis. Le sursis se justifie par l’absence d’antécédents. L’élève va donc continuer sa scolarité dans le collège. Mais une question demeure : a-t-il pris conscience de la gravité et de la dangerosité de ce qu’il a fait ?

Petite joie inattendue

Ce matin, entre deux cours. Comme toujours, j’étais un peu pressé parce que la prochaine classe devait arriver et il y a toujours quelques préparatifs, en moins de 5 minutes top chrono !

Une de mes élèves, en troisième, vient me voir. C’est une élève plutôt studieuse, impliquée dans sa scolarité, mais qui a tendance à ne pas se faire confiance et donc elle panique lorsqu’elle a l’impression de ne pas comprendre. Naturellement, cela se traduit parfois par des déceptions, voire des frustrations, lors des évaluations. Et cette semaine, le conseil de classe de sa classe a eu lieu. Voilà le décor.

Cette élève, donc, vient me voir : « Monsieur, est-ce que je peux vous parler ? » Oups. En général, ce n’est pas très bon signe. Elle continue : « En fait, voilà, les maths,euh…
– Ça commence à devenir difficile ?
— Non, au contraire ! J’aime de plus en plus les maths et j’aimerais bien que vous me disiez ce que l’on peut faire comme étude et comme travail avec des mathématiques. Est-ce que vous pourrez prendre un peu de temps pour m’expliquer ?»

On n’a pas pu discuter tout de suite, parce qu’il fallait bien faire cours, mais du temps, j’en trouverai.

Alors voilà, je suis content : ça n’arrive pas souvent ce genre de discussions avec les élèves ; et les mathématiques ont une telle réputation qu’entendre ce genre de propos venant d’élèves, ça redonne le sourire en cette période tendue.